Spécialiste de l’histoire de l’art moderne et de l’histoire de l’art appliquée aux collections, Romane de Chastellux a consacré plusieurs communications au sujet dont, récemment, une intervention intitulée « Les Boullogne : dynastie ou lignée ? » en 2024, lors du congrès Noël Coypel et son temps, et un article intitulé « La protection de Notre-Dame de Paris pendant la Première et la Seconde Guerre mondiale », paru en 2025 dans la revue In Situ : Revue des patrimoines (2025, n° 56).
Elle mène actuellement ses recherches de doctorat à la Sorbonne Université sous la direction de Christine Gouzi. Sa thèse est consacrée au peintre Louis II de Boulogne (1654-1733).
Le samedi 6 juin 2026, sa prestation lors du concours « Ma thèse en histoire de l’art en 180 secondes » a été récompensée par le 1er prix du jury.
Louis II de Boullogne (1654-1733) : devenir peintre au Grand Siècle, de l’atelier à « l’École des Boullogne », de la lignée à la dynastie
En 1701, Pierre Gobert peint pour son morceau de réception à l’Académie royale de Peinture et de Sculpture ce portrait de Louis II de Boullogne, peintre auquel je consacre ma thèse. Remarquez la singularité de ce portrait : l’artiste se tient droit, le visage calme, son portefeuille de dessin et son pinceau à la main mais il ne pose pas devant l’une de ses œuvres. Il tend sa main droite pour nous inviter à regarder ce qu’il se passe à l’arrière-plan : une séance de pose du modèle vivant à l’Académie.
Louis de Boullogne n’est donc pas ici vraiment représenté en sa qualité de peintre mais davantage en sa qualité de dessinateur – lui qui nous a laissé 600 dessins – et surtout, de professeur à l’Académie. Une charge à laquelle il accorde beaucoup d’importance comme l’ont eux-mêmes raconté ses élèves. Mais Louis de Boullogne n’enseigne pas uniquement à l’Académie : il transmet aussi ses connaissances au sein de son atelier.
À la fin du XVIIe siècle, Louis de Boullogne dirige en effet le plus grand atelier d’artistes de Paris, lui permettant ainsi de produire un grand nombre d’œuvres et surtout de nombreuses copies de ses peintures les plus appréciées. Très tôt conscient que la Couronne ne pouvait plus, seule, faire la carrière d’un artiste, il s’est tourné vers les amateurs auprès desquels il a beaucoup de succès, à force de les fréquenter et de répondre à leurs attentes.
Cet atelier, Louis de Boullogne ne le dirige pas seul mais avec son grand-frère Bon Boullogne. L’art se pratique en effet en famille chez les Boullogne. Leur père était peintre et leurs deux sœurs Geneviève et Madeleine le sont également.
Il me faut ainsi faire le tri parmi les plus de 300 œuvres attribuées à Louis, à son frère Bon, à leur atelier ou parfois juste à « Boullogne » afin de rendre à César, ce qui est à César mais aussi afin de démontrer le talent des collaborateurs et élèves de ce qu’on appelle, déjà au XVIIIe siècle, « l’école des Boullogne ».
Issu d’une famille d’artistes, lié à d’autres, professeur puis directeur de l’Académie, chef d’atelier, anobli par le Roi : Louis de Boullogne est au cœur de la création artistique à une époque décisive et féconde, qui, coincée entre Charles Le Brun et François Boucher, est encore trop délaissée par l’histoire de l’art.
Ma thèse entend donc contribuer au renouveau de la monographie en démontrant qu’elle peut être un support solide pour des réflexions plus larges en interrogeant des questions essentielles comme le mécanisme de la création, les méthodes d’enseignement, le rôle des institutions, la sociabilité, et même l’ascension sociale sous l’Ancien Régime.
En effet, malgré une carrière exemplaire couronnée par le titre de Premier Peintre du Roi, Louis de Boullogne brise la tradition familiale en orientant ses enfants vers le monde de la finance et en parvenant à les marier au sein de la noblesse financière. Son fils deviendra même contrôleur général des finances.
Redécouvrir Louis de Boullogne, c’est ainsi mieux comprendre ce que fut réellement le « Grand Siècle », pas uniquement un siècle centré autour de Louis XIV mais un monde d’ateliers, de réseaux, de familles et de stratégies, où l’art se pratique autant avec des pinceaux qu’avec des relations.
Le concours « Ma thèse en histoire de l’art et en archéologie en 180 secondes » est organisé chaque année grâce au soutien de la Fondation pour l’art et la recherche.