La 16e édition du Festival de l’histoire de l’art, qui se déroulera du 4 au 6 juin 2027 à Fontainebleau, aura pour thème la magie. Organisée tous les ans par l’Institut national d’histoire de l’art et le Château de Fontainebleau, sous l’égide du ministère de la Culture, cette manifestation nationale, gratuite et ouverte à tous, propose 250 évènements : conférences, dialogues, tables rondes, salon du livre, cinéma et programmation culturelle.
Notion polymorphe, objet de méfiance ou de fascination, la magie échappe à toute définition stable. Selon les époques et les contextes culturels, elle peut être pratique, croyance, savoir, rituel ou spectacle. Il ne peut donc être question d’en proposer une définition anhistorique et universelle. On peut toutefois tenter de la cerner comme un ensemble de croyances et de pratiques reposant sur l’idée qu’il existe des puissances cachées qu’il s’agit de se concilier, de conjurer ou de soumettre, pour s’attirer un bien ou éviter un malheur. Une telle définition assume ses biais : elle porte nécessairement la marque d’un regard occidental. Le terme de « magie » a longtemps servi aux Européens à désigner des actes, des rituels ou des objets issus d’autres cultures, qui échappaient à leur compréhension ou à leurs propres catégories. Qualifier une pratique ou un objet de « magique » n’est donc jamais neutre, et c’est aussi ce regard qu’il s’agit d’interroger. Comme le rappelle Jean-Patrice Boudet, est considéré comme magique ce qui paraît capable de produire, par des rites, des procédés occultes ou des artifices techniques, des phénomènes « jugés comme extraordinaires en fonction de l’état des croyances religieuses et des connaissances de la nature, dans un milieu donné et à une époque donnée[1] ». Les codes et les rituels de la magie, profondément enracinés dans l’histoire, ont évolué et continuent d’évoluer au fil des contextes culturels. Ils peuvent néanmoins être envisagés comme autant de tentatives d’établir des passerelles entre notre monde et d’autres mondes, visibles ou invisibles. Les frontières de la magie avec la science et la religion sont mouvantes et poreuses plutôt qu’étanches. Les examiner, c’est interroger les catégories à travers lesquelles les sociétés ont pensé et organisé leur rapport au monde et à l’invisible. Les images et les objets liés à la magie constituent ainsi un observatoire privilégié des croyances, des imaginaires et des savoirs propres à chaque époque.
De l’Antiquité à nos jours, la magie n’a cessé de nourrir la création artistique. Les mythologies antiques, puis les littératures médiévales et de la Renaissance, lui ont donné ses grandes figures, de Médée et Circé au Merlin des légendes arthuriennes ou à la Mélissa de l’Arioste. De l’Égypte et de la Grèce anciennes aux mondes chrétien, juif et islamique, elle se mêle aux rites et aux croyances, étant tantôt tolérée, tantôt condamnée comme une superstition, jusqu’à devenir, à l’époque moderne, l’objet d’une répression dont la chasse aux sorcières marque le point culminant. L’essor du rationalisme semble ensuite la reléguer aux marges, ou du moins la tenir à distance. Elle ressurgit pourtant dès la fin du XVIIIe siècle et tout au long du XIXe, des cercles illuministes au magnétisme, à l’hypnose et au spiritisme, dont s’emparent nombre d’artistes, des romantiques aux symbolistes et aux préraphaélites. De la sorcière de Michelet aux magiciens et magiciennes du cinéma, ses figures ne cessent de se réinventer. Aujourd’hui, la sorcière, longtemps stigmatisée, fait l’objet de nombreuses réappropriations contemporaines, signe de la vitalité persistante de cet imaginaire.
Ce champ connaît ces dernières années un intérêt scientifique et muséal particulièrement vif. Plusieurs expositions récentes ou à venir témoignent de cet intérêt, parmi lesquelles Sorcières ! Fantasmes, savoirs, liberté (musée de Pont-Aven, 2025), Sorcières ! À trop chercher le diable… (musée d’histoire de Nantes, 2026), Magie (Cité des sciences et de l’industrie, Paris, 2026-2027), Tarot! Renaissance Symbols, Modern Visions (Morgan Library & Museum, New York, 2026) ou encore Hocus Pocus. Le design de l’invisible (mudac, Lausanne, 2026-2027). La Bibliothèque nationale de France prépare en outre une grande exposition pour l’automne 2028 : Comme par magie. Sur les traces de l’invisible. Les initiatives se multiplient également dans la recherche universitaire. Des séminaires ont fait de la magie leur objet, comme « Ésotérisme, magie et sorcellerie » (séminaire Questes, Maison de la recherche de Sorbonne Université, 2021-2022) ou le cycle de conférences « European Magic and its Traditions » du Warburg Institute (Londres, 2024-2025). Certaines universités lui consacrent désormais des formations spécifiques, à l’image du Centre for Magic and Esotericism de l’Université d’Exeter, qui a ouvert en 2024 un master dédié à l’étude de la magie et des sciences occultes. Enfin, de nombreuses thèses et mémoires témoignent de ce croisement entre histoire de l’art et magie, qu’il s’agisse de l’édition de manuscrits magiques, de l’étude de l’iconographie des amulettes et des talismans, des circulations entre magie savante et pratiques populaires, de la représentation de la divination et de la magie maléfique, de la figure de la magicienne en peinture, des représentations de la magie dans les arts de la scène ou encore de relectures féministes ou décoloniales de la sorcellerie.
C’est dans ce contexte que s’inscrit le choix de ce thème pour la 16e édition du Festival de l’histoire de l’art. Il offrira l’occasion d’explorer ces relations, de l’Antiquité à la création contemporaine, et d’interroger les circulations, les transformations et les réappropriations de la magie, ainsi que les frontières, parfois ténues, qui la séparent ou la rapprochent d’autres formes de savoirs, de croyances et de pratiques.
Par le présent appel à communications, nous invitons les chercheuses et chercheurs, ainsi que l’ensemble des actrices et acteurs de la discipline, à interroger la magie au prisme de l’histoire de l’art, tout en l’ouvrant à d’autres champs disciplinaires, tels que l’anthropologie, l’histoire des religions, l’histoire des sciences, l’histoire sociale et culturelle, l’archéologie, les études littéraires, muséales ou cinématographiques.
Les quatre axes proposés ci-dessous sont volontairement larges : chacun est ouvert à toutes les périodes et à toutes les aires culturelles et géographiques, et entend favoriser des approches transversales et interdisciplinaires.
[1] Jean-Patrice Boudet, art. « Magie », dans Dictionnaire du Moyen Âge, sous la dir. de Claude Gauvard, Alain de Libera et Michel Zink, Paris, PUF, 2002.
Axe 1. Figures de la magie : imaginaires, représentations et réappropriations
Magiciens, magiciennes, sorciers, sorcières et devins peuplent les imaginaires et les représentations de la magie. Cet axe iconographique pourra interroger la manière dont ces figures se construisent, se transforment et se réinventent au fil des époques et selon les contextes culturels, mais aussi en fonction du genre, de l’origine ou de la condition sociale qui leur sont attribués.
- Figures du magicien, de la magicienne, du devin ou du guérisseur dans les arts : iconographie, attributs, sources mythologiques et littéraires
- Imaginaire visuel de la figure de la sorcière, chasses aux sorcières, rapports entre femmes, corps, sexualité, savoirs et pouvoir
- Démons, pactes et sabbat : iconographie de la démonologie et de la nigromancie
- Construction des figures du « sorcier », du « féticheur » ou du « chaman » dans l’imagerie coloniale : photographie, illustration, expositions
- Figures de la magie dans la culture populaire : illustration, bande dessinée, jeu vidéo
- Réappropriations féministes, queer et décoloniales contemporaines des figures de la sorcière et du magicien
Axe 2. Pouvoirs des objets et des images
Images et objets magiques ne sont pas seulement des représentations : ils peuvent être investis d’une puissance, agir sur le monde, protéger, guérir, révéler ou conjurer. Cet axe invite à interroger les conditions matérielles, rituelles et sociales de cette efficacité, ainsi que les conceptions du pouvoir des images et des objets selon les contextes ou les zones géographiques.
- Images agissantes : l’image dotée d’un pouvoir propre, capable de protéger, de guérir, de nuire ou d’envoûter
- Talismans, amulettes, tablettes de défixion et autres objets investis d’un pouvoir : l’objet comme présence plutôt que comme représentation
- Écritures, signes et inscriptions magiques : grimoires, papyrus, carrés magiques, bols incantatoires, manuscrits illustrés
- Fabriquer un objet magique : matériaux choisis pour leurs vertus, gestes et rites de fabrication, statut des artisans, circulation et transmission des modèles
- Plantes et substances investies de vertus rituelles ou psychoactives, et manières dont les arts les représentent et les mettent en scène
Axe 3. Savoirs magiques et leurs images : artistes, savants et historiens de l’art
La magie entretient avec les savoirs scientifiques, religieux et philosophiques des relations complexes et mouvantes. Cet axe pourra s’intéresser aux circulations entre savoirs magiques et pratiques artistiques, mais aussi à la manière dont artistes, savants et historiens de l’art ont pensé, mobilisé ou interprété ces savoirs.
- Mise en image d’un savoir magique et construction d’un savoir par l’image
- Iconographies astrologiques, tarot, magie naturelle, cosmologies et savoirs ésotériques
- L’artiste comme magicien, démiurge ou visionnaire, de Léonard de Vinci et Jérôme Bosch aux surréalistes
- Historiographie de la magie en histoire de l’art et dialogues avec l’anthropologie, l’histoire des sciences et l’histoire des religions
- Réappropriations des pratiques magiques dans l’art contemporain : rituels et performances
Axe 4. Faire croire à la magie : spectacles, illusions et dispositifs
La magie est aussi une affaire de spectacle et de performance : elle repose sur des dispositifs qui troublent les sens, manipulent les apparences et invitent à croire, ou à douter, de ce que l’on voit. Cet axe pourra explorer les relations entre magie, illusion, spectacle et technologies de l’image, de la première modernité à la création contemporaine.
- Fêtes de cour, intermèdes, ballets et opéra : machineries, décors et effets merveilleux
- Prestidigitation et magie de scène, de ses premières formes modernes aux grandes figures de l’illusionnisme
- Le cinéma naissant, ses trucages et ses effets de magie : des magiciens devenus cinéastes aux expérimentations contemporaines
- Collections, archives et musées consacrés à la magie-spectacle et enjeux de sa conservation et de sa patrimonialisation
MODALITÉS DES INTERVENTIONS
Les interventions peuvent adopter des formats variés :
- Conférence : 1 participant, 30 minutes maximum,
- Dialogue : 2 participants, entre 40 et 50 minutes maximum,
- Table ronde : jusqu’à 3 participants, durée 1h à 1h10 minutes maximum
N.B. : Chaque intervention est suivie d’un échange de 10 à 15 minutes avec le public.
DÉPÔT ET SÉLECTION DES PROPOSITIONS
Les candidatures peuvent être envoyées jusqu’au 15 novembre 2026 inclus (avant minuit) via le formulaire dédié.
Les propositions de communication doivent impérativement être rédigées en français et se présenter sous la forme suivante :
- Titre du projet (80 signes maximum, espaces compris). (Le titre sera repris dans le programme du festival, qui s’adresse à un large public. Il doit donc être court, clair et compréhensible par un public averti comme non averti.)
- Un résumé (600 signes maximum, espaces compris)
- Une présentation plus longue (3000 signes maximum, espaces compris)
- Un CV
- 1 à 3 images d’illustration, libre(s) de droits, créditée(s) et légendée(s) (artiste, titre de l’oeuvre, date, technique, dimensions © crédit), en format jpg, jpeg ou png, et d’une qualité supérieure à 1 Mo
N.B. : Dans le cas des dialogues et des tables rondes, le porteur ou la porteuse du projet doit se désigner clairement dans la proposition d’intervention. Les propositions incomplètes ne seront pas examinées.
Veuillez noter que toutes les contributions seront soumises à un processus d’évaluation par un jury de spécialistes de la magie en histoire de l’art et dans les disciplines connexes (histoire, anthropologie, études des religions et des textes).