Appel à communication « Actualités de la recherche et du patrimoine » 2027

La photographie, modèle, dispositif et inspiration des sciences humaines

Dans le cadre du Bicentenaire de la Photographie

Pour sa 16e édition, le Festival de l’histoire de l’art s’associe au Bicentenaire de la Photographie et propose un volet thématique des « Actualités de la recherche et du patrimoine », centré sur les projets de recherche en histoire de la photographie.

La célébration du deux-centième anniversaire de la plus ancienne image photographique, obtenue avec une camera obscura par Nicéphore Niépce en juin 1827, Point de vue du Gras (héliographie sur étain, Austin, Harry Ransom Center), est l’occasion de rappeler l’importance insigne de l’invention photographique au sein de la conception esthétique et de l’élaboration scientifique depuis son annonce en juillet 1839 par François Arago. Contemporaine de la constitution en disciplines de l’histoire de l’art, de l’archéologie, de l’ethnographie, et de l’anthropologie, la photographie a joué un rôle essentiel, quoique souvent encore méconnu ou éludé, dans leur conception et leur mise en forme, d’un point de vue épistémologique comme d’un point de vue iconographique. Artefact doué d’une matérialité et d’une historicité à chaque fois spécifiques, la création photographique ne saurait être réduite à sa seule valeur indicielle, à sa seule valeur d’image. Dispositif à protocole, la photographie rend possible, ce qui est impossible pour la gravure et le dessin, la comparaison d’une reproduction d’une œuvre d’art ou d’un objet archéologique ou ethnographique à une autre. Elle offre ainsi d’établir un corpus, de former le lancement de collectes, d’entreprendre des relevés de fouilles.

Étienne Drioton, Tôd, fouilles et transport des déblais sur le chantier. Photographie en noir et blanc sur plaque de verre au gélatino-bromure d’argent, 8,4 × 9,9 cm. Référence : EGY 25FI 1-1/33. Numérisation : Collège de France. Localisation de l’original : Montgeron, Archives Étienne Drioton, MJJ Dia E062-03.

Sa nature même, entre renouveau de la représentation du réel et utopie d’exactitude, permet une créativité singulière qui donne à chaque fois naissance à un récit unique, enrichissant ainsi la narration des travaux de recherches. L’enthousiasme d’Arago, physicien et astronome, pour le procédé de Daguerre tenait à son désir d’obtenir un outil à même d’abolir la distance entre l’objet représenté et sa représentation, désir inatteignable mais sur la croyance de l’accomplissement duquel la photographie s’est établie durablement. Utilisée, parfois pratiquée, dès le début des années 1850, et de manière continue et diverse depuis, par les artistes, par les amateurs d’art, par les archéologues, la photographie a contribué à la formation de fonds photographiques très importants, en nombre et en qualité, au sein des musées, des bibliothèques, des centres de recherche, de conservation, de chantiers archéologiques. Longtemps regardés comme accessoires, comme simples ensembles documentaires (bien que l’objet même de leurs premiers usages documentaires ne soient pas toujours connu), ces ensembles photographiques forment, depuis le début des années 2000, la substance de nouveaux projets de recherches, projets qui contribuent ainsi à retrouver le sens de leur accumulation, en croisant artefacts photographiques – considérés pour leurs images comme pour leur matérialité, incluant ainsi leurs versos -, paratextes – rapports de fouilles, dossiers d’exposition et de collectes, travaux préparatoires à des cours ou à des publications, etc. -, conditions de rassemblement – prises de vue par les scientifiques eux-mêmes, acquisitions, dons, legs, etc.

Au début des années 2000, Roland Recht consacrait un de ses séminaires du Collège de France à la reproduction photographique des œuvres d’art. Une exposition fondée sur les collections du musée d’Orsay, L’œuvre d’art et sa reproduction photographique, eut lieu au sein du musée à l’été 2006, sans connaître plus qu’un succès d’estime. Des premiers travaux de recherche consacrées notamment aux usages éducatifs et pédagogiques de la photographie dans les universités ont été initiés notamment à Strasbourg, à l’École française d’Athènes, à l’École du Louvre. Ces recherches, encore en cours, mettent en parallèle la photographie avec d’autres modes de reproduction liés à l’enseignement, l’estampe et le moulage notamment. Elles ont donné lieu à de premières publications (Denise Borlée, Hervé Doucet, La plaque photographique, un outil pour la fabrication et la diffusion des savoirs, 2021 ; voir aussi Laureline Meizel, Le livre illustré par la photographie, histoire d’une invention, 2023 et dès avant un numéro de la Revue de la Bibliothèque nationale de France consacrée au même sujet, 2014).

Ce rôle essentiel de la photographie dans la conception même de l’enseignement et de la diffusion de l’histoire de l’art et de l’archéologie forme désormais un point fécond d’analyse autoréflexive de nos disciplines. Aux États-Unis, la Frick Collection consacre un séminaire annuel de recherche au fonds photographique — Photo Archive — rassemblé par l’institution privée dès sa création. Au sein de plusieurs grands musées français et internationaux — le Prado, le Louvre, le musée archéologique de Naples, par exemple — des premiers programmes de repérage, de classement, de conservation et de recherche, se mettent en place autour des fonds photographiques de ces institutions. Ils sont parfois développés avec l’aide de l’Intelligence artificielle, ainsi notamment au musée Guimet, avec le projet HikarIA, du Musée des Arts Décoratifs, avec le projet TORNE-H ; de la BnF, avec PictorIA ; du musée de la Photographie de Charleroi, avec le projet FototekIA ; du MoMA, en partenariat avec Google Arts & Culture ; de plusieurs musées à Vienne, avec LiviaAI ; et du Rijksmuseum à Amsterdam, avec leur Art Explorer.

Le MUCEM a, lors de l’exposition consacrée à Georges Henri Rivière en 2021, développé ses recherches portant sur le rôle et l’usage de la photographie dans la mise en œuvre et le suivi des collectes qui ont permis la constitution de la collection du musée d’Ethnographie puis du musée des Arts et Traditions populaires. Ces travaux se poursuivent. En 2018 déjà, le numéro 27 de la revue Gradhiva, publiée par le musée du Quai Branly, était consacré aux relations entre photographie et anthropologie. Plusieurs études mettaient en perspective la manière dont les images prises pendant des enquêtes et des collectes avaient été publiées, analysant les partis-pris qu’impliquent cadrage et légendes. Le récit des images photographiques, ainsi révélé, est apparu, parfois, comme à distance ou à rebours du récit écrit. Le numéro 15 de la revue Photographica publiera en novembre 2027 un dossier rassemblant les différents travaux universitaires portant sur le rôle de la photographie dans les enquêtes en sciences humaines. Le numéro de la revue Histoire de l’art de juin 2027 sera consacré à la photographie en modèle. Plusieurs des projets labellisés par le Bicentenaire de la Photographie se fondent sur la place et la prise en compte de la photographie dans l’historiographie et dans la conception des sciences humaines. Ainsi, par exemple, le projet de l’université Rennes 2 consacré au classement et à la valorisation des plaques de cours utilisées depuis le début du XXe siècle par les étudiants en histoire de l’art ; ainsi les projets de l’École française d’Athènes et de l’École française de Rome, soulignant la manière dont les épreuves photographiques ont circulé entre les archéologues en Europe et valorisant leurs usages.

Julien Vallou de Villeneuve, Deux femmes contemplant une rose, vers 1856. Reproduction photographique d’une peinture, tirage positif sur papier salé monté sur carton, 15,6 × 12,9 cm (image), 34,8 × 27,1 cm (support). Notice BnF : FRBNF45140521.
Pierre Soulier, Travaux dans la réserve des collections en vue de la prochaine session de l’O.N.U. au palais de Chaillot (enquête pour le musée national des Arts et Traditions populaires – MNATP). Années 1930. Mucem, Marseille. Numéro d’inventaire : Ph.1948.47.3

Le volet « Actualités de la recherche et du patrimoine » du prochain Festival de l’histoire de l’art, les 4, 5 et 6 juin 2027 à Fontainebleau, sera ainsi consacré aux travaux de recherche — publications, expositions, colloques, journées d’études — récents ou en cours dans ce domaine. Cet appel s’adresse aux chercheuses et chercheurs qui les ont initiés et portés, au sein des différents établissements universitaires, musées, bibliothèques, centres d’archives, dépôts de fouille. Les projets collectifs seront privilégiés.

 

Modalités des interventions

Les interventions peuvent adopter des formats variés :

  • Conférence : 1 participant, 30 minutes maximum,
  • Dialogue : 2 participants, entre 40 et 50 minutes maximum,
  • Table ronde : jusqu’à 3 participants, durée 1h à 1h10 minutes maximum

N.B. : Chaque intervention est suivie d’un échange de 10 à 15 minutes avec le public.

 

DÉPÔT ET SÉLECTION DES PROPOSITIONS

Les candidatures peuvent être envoyées jusqu’au 15 novembre 2025 inclus (avant minuit) via le formulaire dédié.

Les propositions de communication doivent impérativement être rédigées en français et se présenter sous la forme suivante :

  • Titre du projet (80 signes maximum, espaces compris). (Le titre sera repris dans le programme du festival, qui s’adresse à un large public. Il doit donc être court, clair et compréhensible par un public averti comme non averti.)
  • Un résumé (600 signes maximum, espaces compris)
  • Une présentation plus longue (3500 signes maximum, espaces compris)
  • Un CV
  • 1 à 3 images d’illustration, libre(s) de droits, créditée(s) et légendée(s) (artiste, titre de l’oeuvre, date, technique, dimensions © crédit), en format jpg, jpeg ou png, et d’une qualité supérieure à 1 Mo

N.B. : Dans le cas des dialogues et des tables rondes, le porteur ou la porteuse du projet doit se désigner clairement dans la proposition d’intervention. Les propositions incomplètes ne seront pas examinées.

L’examen des propositions sera réalisé par un jury.

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