Le FHA est de retour pour vous jouer un tour… de magie !

Formules, anneaux, lanternes, baguettes, champignons, amulettes, miroirs, pouvoirs… Autant de mots qui, associés à la magie, font surgir tout un imaginaire, traversant les époques et les sociétés. Objet de fascination, d’émerveillement, de crainte ou de méfiance, la magie entretient avec l’art des liens anciens et multiples : elle a donné naissance à une riche iconographie, peuplée de magiciens et de magiciennes, d’enchantements, de métamorphoses et de scènes de divination. On la retrouve aussi dans les images auxquelles on attribue un pouvoir, dans les objets investis d’une force particulière et dans les rituels qui les accompagnent. Elle se manifeste enfin dans les dispositifs qui trompent les sens et transforment notre perception du réel. Elle constitue ainsi un observatoire privilégié des croyances, des imaginaires et des savoirs propres à chaque époque. Le choix de ce thème pour la 16e édition du Festival de l’histoire de l’art offrira l’occasion d’explorer ces relations, de l’Antiquité à la création contemporaine. 

Médée pratiquant la magie. Manuscrit Français 599, f. 16v. Cognac, France, XVe-XVIe siècle. Bibliothèque nationale de France.
Nectanébo pratiquant la magie. Manuscrit Arménien 291 Iran, F. 6r, milieu du XVIIe siècle. Bibliothèque nationale de France.

Le pouvoir des images et des objets

La magie invite d’abord à regarder autrement les images et les objets. Une image n’est pas toujours une simple représentation : dans de nombreux contextes culturels et historiques, elle est une présence, susceptible de protéger, de guérir, d’intercéder ou même d’agir sur le monde. Amulettes, talismans, ex-voto, statues miraculeuses, objets rituels ou divinatoires témoignent de cette relation particulière aux images, qui engage autant le regard que le corps et les croyances. Les recherches consacrées à leur pouvoir d’action ont renouvelé l’histoire de l’art, en déplaçant l’attention de ce que les œuvres représentent vers ce qu’elles font et les usages auxquels elles donnent lieu.

Magic wand (objet rituel protecteur). Égypte, Moyen Empire, vers 1981-1802 av. J.-C. The Metropolitan Museum of Art, New York, inv. 08.200.19, Rogers Fund, 1908.

L’illusion, le merveilleux et l’artiste-magicien

La magie se révèle aussi dans le goût de l’illusion et du merveilleux. Trompe-l’œil, anamorphoses, automates, lanternes magiques et jeux d’optique témoignent d’une fascination ancienne pour les images capables de tromper les sens. Au XIXe siècle, la prestidigitation transforme cette fascination en spectacle et fait émerger de nouvelles figures, comme Robert-Houdin. Quelques décennies plus tard, Georges Méliès, magicien avant de devenir cinéaste, transpose sur l’écran les procédés de l’illusionnisme et invente des trucages qui bouleversent les possibilités de l’image animée. De la scène au cinéma, l’histoire de la magie rejoint ainsi celle des images, offrant un terrain privilégié pour comprendre comment les artistes ont cherché à faire apparaître, disparaître ou transformer le réel.

La Lanterne magique, manufacture de Sèvres, vers 1760. D’après un modèle d’Étienne-Maurice Falconet, sur un dessin de François Boucher. The Metropolitan Museum of Art, New York, inv. 58.60.10, legs d’Ella Morris de Peyster, 1957.
Circé transformant les compagnons d’Ulysse en porcs, planche 135 des Métamorphoses d’Ovide, 1606. Antonio Tempesta. Eau-forte. The Metropolitan Museum of Art, New York, inv. 51.501.3986. Collection Elisha Whittelsey, fonds Elisha Whittelsey, 1951.

La magie permet également d’interroger la figure de l’artiste comme magicien ou visionnaire. L’idée d’un créateur détenteur d’un savoir caché, capable de transformer la matière ou de révéler ce qui échappe au regard traverse toute l’histoire de l’art, de la Renaissance aux avant-gardes du XXe siècle. Elle prend une forme particulièrement féconde chez les surréalistes, de Max Ernst à Leonora Carrington et Remedios Varo, où l’artiste devient alchimiste, médium ou magicienne. La figure de la sorcière connaît, elle aussi, une histoire particulièrement révélatrice : longtemps associée à la transgression et à la menace, elle est aujourd’hui réinventée comme une figure de pouvoir, de résistance et d’émancipation. Les artistes et les mouvements féministes se saisissent de cet imaginaire pour renverser les représentations héritées.

Magie et savoir : frontières et regards contemporains

Alchimie, astrologie, tarot et sciences occultes permettent enfin de revenir sur la frontière longtemps poreuse entre magie et savoir. Loin d’opposer simplement raison et superstition, l’histoire montre combien ces catégories ont cohabité et se sont parfois confondues, notamment au Moyen Âge et à la Renaissance. Ces pratiques permettent de faire émerger des histoires moins linéaires et d’interroger les catégories à travers lesquelles l’Occident a distingué le rationnel de l’irrationnel. Une telle réflexion conduit également à interroger la manière dont la magie est définie et catégorisée selon les contextes culturels. Dans les contextes coloniaux, les objets et les pratiques qualifiés de « magiques » l’ont souvent été depuis un point de vue occidental, en opposition aux formes de savoir considérées comme légitimes. Interroger cette histoire, c’est donc aussi remettre en question les catégories de l’histoire de l’art, les regards portés sur les cultures extra-occidentales et la manière dont certains objets dits magiques ont été collectés, classés et exposés dans les musées.

Ces réflexions autour de la magie trouvent enfin un prolongement dans la création contemporaine, où certains artistes réinvestissent le rituel, la divination ou les pratiques spirituelles pour interroger notre rapport au corps, à la nature et au monde. Dans une perspective décoloniale, queer ou féministe, ces pratiques peuvent également devenir des moyens de réactiver des savoirs marginalisés et de remettre en question les catégories occidentales de la rationalité. La magie apparaît alors moins comme la survivance d’un passé révolu que comme un espace de réflexion et de création particulièrement actuel.

Remedios Varo, Papilla estelar (Bouillie céleste), 1958, huile sur masonite. Collection particulière.
Kama La Mackerel, perfomance dans le cadre de l’exposition My Body Is the Ocean, 2022.

Le thème de cette prochaine édition permettra ainsi de faire dialoguer des histoires et des approches longtemps séparées : celle des images et des objets, celle des savoirs et des croyances, celle des spectacles et des techniques de l’illusion, mais aussi celle des rapports de pouvoir qui déterminent ce qui relève du savoir, de la religion ou de la « magie ». De l’icône au talisman, de l’alchimiste au prestidigitateur, de la sorcière aux artistes qui réinvestissent aujourd’hui le rituel, les pratiques spirituelles et des savoirs transmis ou marginalisés, la magie ouvre un champ particulièrement riche pour l’histoire de l’art et offre au festival l’occasion d’explorer les multiples façons dont les sociétés ont cherché à comprendre, représenter et transformer le monde.

 

Elsa Guyot, chargée de programmation scientifique du festival

Betye Saar, House of Tarot, 1966, Eau-forte, impression en relief et mixed-media. The Museum of Modern Art, New York

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