La rentrée du FHA : direction Pologne

Après une édition marocaine réussie, le FHA reprend déjà la route. Direction l’est cette fois, vers la Pologne, un pays à l’histoire artistique dense, entre patrimoine médiéval, avant-gardes du XXe siècle et scène contemporaine foisonnante, invité de la 16e édition du Festival de l’histoire de l’art qui se tiendra en juin 2027 et sera placée sous le signe de la magie. Alors pour vous mettre en appétit et éveiller votre curiosité, nous vous dévoilons en avant-première quelques pistes d’une programmation qui s’annonce résolument envoûtante.

Fresques de la chapelle de la Trinité, Lublin, 1410-1418

 La Pologne occupe une place singulière dans l’histoire culturelle européenne, au croisement de l’Europe occidentale, centrale et orientale. Au fil des siècles, les circulations artistiques et les liens noués avec la France, les pays baltes ou l’Europe centrale en ont fait un espace particulièrement fécond de dialogues, d’échanges et de créations. À travers l’art, le patrimoine et la recherche, le Festival de l’histoire de l’art 2027 mettra en lumière la richesse de cette histoire culturelle commune et la vitalité de la scène artistique et scientifique polonaise.

Un carrefour d’influences, du Moyen Âge au XVIIIe

Le programme permettra de découvrir la richesse de la peinture médiévale en Pologne, entre influences occidentales et orientales. Les peintures murales de l’église Saint-Jacques-l’Apôtre de Małujowice, en Silésie, témoignent de la proximité de la Bohême, tandis que les fresques de la chapelle de la Trinité à Lublin se rattachent à la tradition byzantine. La Vierge noire de Częstochowa, l’une des images les plus vénérées du pays, est aujourd’hui devenue une icône majeure du patrimoine polonais.

Le Festival s’intéressera également aux influences italiennes qui marquent la Renaissance polonaise, notamment à Cracovie, où les architectes Francesco Fiorentino et Bartolomeo Berrecci rénovent le château médieval du Wawel à la suite d’un incendie survenu en 1499. Avec sa magnifique cour intérieure à arcade ou sa chapelle de Sigismond, la résidence royale compte parmi les chefs d’œuvre de la Renaissance en Europe du Nord. Au milieu du XVIe siècle, la Pologne adopte un nouveau système politique : la République des deux nations, qui unit le royaume de Pologne et le grand-duché de Lituanie. Cette monarchie élective, qui donne à la noblesse un pouvoir fort, se distingue en Europe par sa tolérance religieuse. L’aristocrate polonais Jan Zamoyski fonde ainsi la ville de Zamość, où Polonais, Grecs, Arméniens et Juifs espagnols vivent ensemble pacifiquement. Il fait appel à l’architecte italien Bernardo Morando pour construire une « cité idéale », selon les principes urbanistiques d’harmonie en vogue à la Renaissance.

Cette histoire plurielle sera également abordée à travers le patrimoine juif, notamment les nombreuses synagogues en bois édifiées dans tout le pays aux XVIIe et XVIIIe siècles. Le musée POLIN de Varsovie préserve aujourd’hui la mémoire de cet héritage disparu, entièrement détruit par les nazis durant la Seconde Guerre mondiale.

La ville idéale de Zamość, XVIe siècle
Reconstitution du plafond peint de la synagogue de Gwoździec, milieu du XVIIe siècle, au Musée POLIN, Musée de l'histoire des juifs polonais, Varsovie

Le XIXe siècle et l’invention d’une nation

Jan Matejko, Stańczyk, 1862, huile sur toile, Musée national de Varsovie
Stanisław Wyspiański, Autoportrait avec sa femme, 1904, pastel sur papier, Musée national de Cracovie

Une autre partie du programme sera consacrée au XIXe siècle, marqué par la disparition jusqu’en 1918 de la Pologne en tant qu’État : le pays est partagé entre la Russie, la Prusse et l’Autriche. Dans ce contexte, la littérature et les arts contribuent à créer une mythologie nationale. Autour du poète Adam Mickiewicz, du peintre d’histoire Jan Matejko ou de l’artiste symboliste Stanisław Wyspiański se construit un imaginaire patriotique nourri de héros, de légendes, de paysages ou de traditions rurales. L’émigration devient également une composante essentielle de la vie artistique polonaise, bouleversée par les annexions successives : de nombreux artistes trouvent refuge en France, à l’image de Frédéric Chopin, bientôt érigé en symbole de la nation polonaise par la génération romantique parisienne.

L’indépendance retrouvée en 1918 favorise l’essor des avant-gardes. À Łódź, Władysław Strzemiński et Katarzyna Kobro développent, dans le sillage de Kasimir Malevitch (lui-même d’origine polonaise), un constructivisme ouvert aux échanges internationaux. Le couple constitue une importante collection d’art moderne qui sera à l’origine du musée Sztuki, l’un des plus anciens musées d’art moderne au monde.

Katarzyna Kobro, Spatial composition Nr. 6, 1931, acier et peinture à l’huile, Muzeum Sztuki, Lodz

Guerre, communisme et création contemporaine

Le Festival reviendra aussi sur les bouleversements provoqués par la Seconde Guerre mondiale et le régime communiste. La reconstruction du pays nourrit de nombreux débats artistiques et architecturaux. Fortement marquée par l’expérience de la guerre et des camps, une génération de sculptrices – parmi lesquelles Magdalena Abakanowicz, Maria Papa Rostkowska ou Alina Szapocznikow – explore la condition humaine et la corporéité à travers une approche sensorielle, privilégiant des matériaux inédits comme le textile, la résine ou le polyester.

Certaines d’entre elles fuiront par la suite le régime communiste ; d’autres artistes tentent de contourner la censure par l’humour et le recours aux symboles, comme les graphistes de l’école polonaise de l’affiche. Pour la pièce Historia de Gombrowicz, l’artiste Henryk Tomaszewski reproduit le geste du « V » de la victoire, alors associé au syndicat interdit Solidarność.

Alina Szapocznikow, Autoportrait, vers 1967, résine de polyester et photographie, Courtesy The Estate of Alina Szapocznikow et Galerie Loevenbruck, Paris, Hauser et Wirth
Henryk Tomaszewski, Affiche pour la pièce Historia de Witold Gombrowicz, 1983

Le Festival accordera enfin une attention particulière à la création contemporaine. Dans un contexte politique marqué par la guerre en Ukraine, les artistes polonais s’intéressent aux expériences de circulation des populations, mais aussi aux récits marginalisés. Le travail de Małgorzata Mirga-Tas, notamment, invite ainsi à repenser la place des Roms dans l’histoire de l’art européen.

À travers conférences, dialogues et tables rondes, le FHA27 donnera ainsi à entendre la richesse et la diversité de la création polonaise, de ses héritages historiques aux voix contemporaines qui en renouvellent les formes et les récits.

 

Sophie Goetzmann, programmatrice scientifique du festival

Małgorzata Mirga-Tas, Sisters (Phenia), 2019, acrylique, textile, toile, The ING Polish Art Foundation

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