Alors que son père est mourant, Nadia revient à Fès après plusieurs années passées en France, loin de son pays. À la suite d’une rencontre marquante, elle décide de redonner à sa culture et sa religion d’origine une place centrale dans sa vie. Cette quête spirituelle personnelle l’incite à transformer la demeure familiale en une « zaouia des femmes », à la fois sanctuaire religieux, lieu de pèlerinage et refuge pour femmes en détresse. Trop méconnue en France, Farida Benlyazid est une cinéaste très importante au Maroc qui a notamment signé les scénarios de Poupées de roseaux de Jillali Ferhati (1980) et de À la recherche du mari de ma femme de Abderahman Tazi (1992). Une porte sur le ciel est son premier long métrage.
« Une porte sur le ciel nous parle d'une sororité contemporaine et enracinée, qui ne s'oppose pas à l'Islam mais défend et illustre au contraire l'enrichissement spirituel et la libération intérieure et féministe permises par les pratiques méditatives soufies. Ce faisant, Farida Benlyazid accomplit partiellement l'une des grandes ambitions des pionniers de l'indépendance (1956) : chercher les formes d'un cinéma marocain, fidèle aux “sentiments les plus profonds de la vie du peuple”, comme le formule Ahmed Bouanani, le directeur artistique incarnant le patriarche en chapeau melon. Ce cinéaste et poète est l'un des penseurs de cette recherche d'un cinéma décolonisé, qui ancre ses intrigues et ses formes dans les contes et cultes populaires. En l'occurrence ici, dans une spiritualité marocaine vécue, qui donne sa lenteur et son épure au film. » (Marie Pierre-Bouthier)
Farida Benlyazid
Maroc / 1988 / Drame / 107’ / VOSTF
précédé de
6 et 12 (Sitta wa Thaniat 'Ashar)
Pour Ahmed Bouanani, l’ambition de 6 et 12 est de porter un nouveau regard sur le pays en « “racontant” par l’image et par le son le Casablanca de 1968 » : porté par un geste autant poétique que politique, le cinéaste souhaite ouvrir la voie à un nouveau cinéma documentaire marocain, dans un contexte postcolonial qui reste autoritaire douze ans après l’indépendance. Son film revisite le genre de la « symphonie urbaine » : il s’inspire de Moscou (Mikhaïl Kaufman, 1926) de L’homme à la caméra (Dziga Vertov, 1927) ou encore de Berlin, symphonie d’une grande ville (Walter Ruttmann, 1927). Ahmed Bouanani en a signé seul le scénario, mais à la demande du CCM, il le réalise avec deux amis comme lui formés à l’IDHEC à Paris – Majid Rechiche et Mohamed Tazi – et sans pouvoir être crédité autrement que comme leur monteur et collaborateur.
« Si Casablanca était le personnage central du film, la lumière devait en être l’élément dynamique. L’unique contrainte était le temps ; il fallait, à des instants précis, voler à la lumière sa vie changeante. Il fallait aussi gagner un second pari : décrire Casablanca telle une ville inconnue que l’œil, à force de regarder, ne voit plus. Au cours du tournage qui dura une dizaine de jours, le scénario subit des modifications notoires. La difficile poésie céda le pas à la facilité. » (Ahmed Bouanani, La Septième porte. Une histoire du cinéma au Maroc de 1907 à 1986, p. 82)
Ahmed Bouanani, Abdelmajid R'chich & Mohamed Abderrahman Tazi
Maroc / 1968 / Documentaire / 18’ / VOSTF
En collaboration avec le Centre Cinématographique Marocain, la Cinémathèque marocaine et le Transnational Moroccan Cinema Project – University of Exeter (Royaume-Uni)