Mode et cinéma : trésors restaurés par la Cinémathèque française

Mode et cinéma : trésors restaurés par la Cinémathèque française
  • 6 juin 202611h30à 12h25

Les Misères de l'aiguille

Récemment arrivée à Paris, la jeune Louise est secourue par les membres de la coopérative de lingerie « L'Entraide ».
« Si quelques filmographies indiquent des apparitions dès 1908 chez Louis Feuillade (L'Esclave) ou Étienne Arnaud (La Main noire, 1910), difficiles à vérifier, la première incarnation cinématographique de Musidora demeure à ce jour Louise, la jeune ouvrière surexploitée des Misères de l'aiguille. Le film est coréalisé par Raphaël Clamour et Ar­mand Guerra (ex-employé chez Éclair) et tourné aux studios Lux, pour la coopérative Le Cinéma du Peuple, moyen de propagande original et libertaire, geste pionnier du cinéma militant. Les Misères de l'aiguille est le premier film de la société à courte vie de production et de diffusion, créée en octobre 1913 et dont le but était selon ses membres de “faire par [eux]-mêmes [leurs] films, de chercher dans l'histoire, dans la vie de chaque jour, dans les drames du travail, des sujets scéniques qui compenseront heureusement les films orduriers servis chaque soir au public ouvrier”. L'équipe artistique du film est issue, comme elle, du théâtre et du music-hall. Révélations charismatiques, recrues équilibristes détournées par le réalisateur syndicaliste Clamour (partenaire de Musidora au Châtelet) pour mettre en lumière tragiquement des causes sociales, solidaires et féministes. Le livret d'époque nous permet également de constater l'importance de Musidora, alors au centre des considérations du moment et au tout début de sa carrière cinématographique. Le film est ouvertement féministe, le texte le confirme : il s'agit de démontrer la double exploitation des femmes. “Notre féminisme consiste surtout à relever la femme, à la mettre à sa véritable place dans la société, à la rendre l'égale de l'homme dans tous les faits sociaux.” Pensée pionnière, huit années avant le film manifeste de Germaine Dulac, La Souriante madame Beudet. Le 18 janvier 1914, le Cinéma du Peuple présente ce premier film à la salle des sociétés savantes de la rue Danton, à Paris. Les images sont bonimentées par Charles Marck de la CGT, et Lucien Descaves, écrivain libertaire et communard, offre une causerie. » (Émilie Cauquy)
Armand Guerra & Raphaël Clamour / France / 1913 / Drame / 15’
Avec Musidora, Lina Clamour, Raphaël Clamour, Armand Guerra

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La Mode à Paris

Le Touquet, août 1925 : entre parties de tennis et farniente aux terrasses des grands hôtels, le Tout-Paris se fait présenter en avant-première les modèles de la mode d'hiver.
« Homme de lettres, spécialiste de l'histoire du costume, Paul Louis de Giafferri a publié plusieurs ouvrages sur le costume féminin et masculin à travers les âges. Journaliste, il écrit dans la Revue nationale du commerce et de l'industrie en 1918 à propos de la confection française à New York. Après la guerre, il signe, semble-t-il, des chroniques de mode sous le pseudonyme de “Giafar”. On le retrouve conférencier aux côtés d'Alex Nalpas lors de la présentation à la presse de Deauville du quatrième film des productions Les Élégances parisiennes en août 1924. De plus, Giafar apparaît dans l'annuaire du commerce Didot-Bottin à la rubrique “Journaux, revues et bulletins”. Cette société parisienne propose contre mandat aux lectrices des pages mode de L'Écho du Nord, de L'Écho d'Oran ou du Petit Marseillais, des accessoires de couture (patrons de robes, coussins, canevas et points de croix). La société réalise aussi des clichés de mode et, sous le nom de Giafar Fashion Films, produit des films qui constituent une sorte de prolongement à ses activités commerciales autour de la couture. » (Céline G. Arzatian)
Paul-Louis de Giafferri / France / 1925 / 6’ / muet

et de

Défilé de maillots de bain à la piscine Molitor (extrait des Essais Thomsoncolor)

Un concours de maillots de bain à la piscine Molitor en juin 1937. La séquence est extraite d'essais sur pellicule gaufrée réalisés entre 1936 et 1949 pour tester le procédé Thomsoncolor.
« Ces essais comportent des plans avec plusieurs défauts liés au dispositif contraignant qu'impliquait le procédé : surexposition, présence visible du filtre trichrome, qualité des couleurs variable… Parmi ces plans, ceux de la Fête de l'eau se déroulant le 21 juin 1937 à la piscine Molitor, événement emblématique avec divers spectacles et numéros aquatiques au profit de la caisse de l'Union des artistes. Ces images ont été réalisées lors du très réputé concours de maillots de bain. Une à une, les baigneuses de la piscine Molitor exposent leurs plus beaux costumes de bains. Elles font tourner les robes et les capes, se baladent sur la pointe des pieds afin de mettre en valeur leur silhouette vêtue de tenues flamboyantes. Elles donnent à voir un large panel de matières et de couleurs qui ravissent très probablement les opérateurs du film en couleurs. En effet, les défilés de mode ou les expositions de tissus ont souvent permis de tester ces procédés et d'observer la sensibilité de l'émulsion couleur, ainsi que la qualité des détails photographiés. » (Noémie Jean)
Anonyme / France / 1936 / 3’ / muet

et de

Le Paris des mannequins

Une séance photo sur les toits et dans les rues de Paris, sous le regard ébahi des habitants.
« François Reichenbach aime à rappeler : “Je vais où l'intensité m'appelle.” Dans Le Paris des mannequins, il filme l'envers d'un décor qui se met en place devant l'œil de sa caméra. C'est la préparation d'un shooting photo dans le Paris du début des années 1960. Un texte est posé sur ses images et la musique de Jacques Loussier vient rythmer par des airs de jazz syncopés les plans de ces préparatifs. L'équipe de photographes et de mannequins s'installe tout d'abord à l'étage de la tour Eiffel, puis certains se placent sur le toit d'un immeuble de la capitale. Enfin, la troupe descend dans les rues d'un Paris aux murs décrépits et aux rues étroites, aux petites échoppes qui disparaîtront peu à peu du paysage d'une France en pleine mutation urbaine : c'est la laiterie où l'on vend de la limonade Pschitt et des petits beurres LU, c'est le café-bar téléphone où le vin est à emporter. Des passants observent cette troupe insolite qui vient planter le décor devant leur pas de porte. Deux hommes sortant sans doute du café et portant salopette de travail, casquette et cigarette se placent, curieux, devant l'objectif. L'un d'eux prend la pose et se plante à côté du mannequin habillé d'une robe longue de haute couture en voile rose et gants d'opéra blanc. Le photographe crée, par ce contraste, une opposition entre deux mondes : celui de la légèreté et du luxe contre celui de la réalité terne du quotidien des habitants du faubourg. Ce film évoque tour à tour Mon oncle (1958) de Jacques Tati, où le personnage principal maladroit tâtonne entre une ville moderne qui se transforme et ses faubourgs suspendus dans un passé bucolique. Puis Reichenbach nous transporte dans les beaux quartiers, la place de la Concorde et ses fontaines jaillissantes où le photographe a choisi un nouveau cadre pour ses clichés. Les robes et les tailleurs de Guy Laroche et du couturier américain Miguel Ferreras retrouvent ici un écrin plus congruent. Ne pense-t-on pas alors ici à quelques scènes de Funny Face (1957) de Stanley Donen avec Fred Astaire transformé en Richard Avedon et photographiant le mannequin Audrey Hepburn devant les lieux emblématiques du Paris romantique et glamour ? (Céline G. Arzatian)
François Reichenbach / France / 1962 / Documentaire / 11’

En collaboration avec la Cinémathèque française

Intervenants : Céline G. Arzatian (Université Paris Sorbonne Nouvelle), Hervé Pichard (Cinémathèque française)

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