Une équipe de cinéastes en quête d’un thème à traiter interroge des jeunes casablancais sur leurs attentes et leurs rapports au cinéma marocain. Lorsqu’ils assistent à un crime commis par un ouvrier du port insatisfait, qui tue involontairement son chef, ils décident de s’intéresser à ce cas particulier. Cette investigation sur les mobiles du crime les poussera à réfléchir à leur conception du cinéma et au rôle de l’artiste dans la société.
« Le tournage du premier film de Mostafa Derkaoui s’est déroulé de janvier à avril 1974 dans les quartiers populaires et les bars du port de Casablanca. Cette production indépendante a bénéficié d’une mobilisation collective unique dans l’histoire culturelle du Maroc. L’implication des peintres d’abord (Melehi, Kacimi, Hamidi, Chebâa, etc) qui participent au financement du film en vendant leurs œuvres, mais aussi celle de toute la bande d’intellectuels qui gravite autour de Mostafa Derkaoui, son frère Abdelkrim en premier lieu, ainsi que les comédiens du théâtre municipal, les musiciens du groupe en vogue Jil Jilala ou encore les écrivains, journalistes et poètes les plus engagés du moment (Zafzaf, Nissaboury, Jamaï, Dziri, etc), du moins ceux qui ne sont pas emprisonnés. (…) Pour son premier long métrage, Mostafa Derkaoui propose une expérience ne reprenant ni celles faites dans les pays capitalistes, ni celles du tiers-monde. Empruntant aux esthétiques du documentaire et aux radicalités des nouveaux cinémas post-68, Derkaoui bouscule le langage cinématographique et brouille les pistes. Le réalisateur, qui a étudié le cinéma à l'IDHEC et à Łódź, n'hésite pas à critiquer les ambitions même du cinéma, en opposant le véritable révolté, jeune ouvrier acculé par la misère sociale, aux cinéastes et intellectuels marxistes qui pensent changer le monde avec leur caméra. Pour sa force subversive et sa non-conformité avec les attentes d'un cinéma officiel, le film sera interdit avant même sa sortie. » (Léa Morin)