Un nouveau commissaire pour le salon du livre du FHA

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Le festival, c’est aussi un salon du livre et de la revue d’art avec plus de 200 maisons d’éditions présentes ou représentées par cinq librairies et de très nombreux événements : rencontres, performances, discussions et présentations d’ouvrage. Alexis Argyroglo, nouveau commissaire du salon du livre, nous partage sa vision de ce grand rendez-vous de l’édition d’art et d’histoire de l’art.

Jean et Marinette Réveillé avec le cheval Jappeloup, médaille d'or du saut d'obstacles aux Jeux olympiques de Séoul (1988) devant le café L'Impérial, 15 rue Dénecourt, Fontainebleau. Collection Nathalie Réveillé.

Alexis Argyroglo, vous êtes depuis quelques semaines le nouveau commissaire du salon du livre du festival de l’histoire de l’art. Quel est votre objectif pour ce salon ? Et à qui s’adresse-t-il ?

Alexis Argyroglo : Mon objectif est d’assurer la meilleure représentation possible de la diversité éditoriale en histoire de l’art, et de rendre manifeste, lisible, l’inscription de l’histoire de l’art dans le champ des sciences humaines et sociales (anthropologie, histoire culturelle et matérielle, histoire du corps, des sens et du sensible, etc.). Rendre manifestes les liens avec d’autres domaines de création et de recherche (littérature, arts de la scène, sciences du vivant, bande dessinée, jeunesse, etc). Il s’agit aussi de rendre présentes et actives les différentes parties prenantes du livre : autrices et auteurs, et toutes les personnes qui animent les maisons d’édition, les librairies, les institutions. Le salon du livre du FHA doit être un lieu de convivialité et d’échange autour des livres, des revues, de la fabrique et de la transmission des savoirs en histoire de l’art et autres domaines associés. Le salon s’adresse aux publics professionnels et amateurs, ainsi qu’à tout public présent à Fontainebleau les 3, 4 et 5 juin 2022 pour telle ou telle raison : résidents bellifontains, festivaliers, joggers et cyclistes, membres de l’académie de billard de la commune limitrophe d’Avon, associations locales, familles cherchant la distraction d’un événement et l’ombre d’un chapiteau !

Comment avez-vous imaginé et construit ce « nouveau » salon ? De quoi vous êtes-vous inspiré ?

Alexis Argyroglo : Un salon du livre c’est comme une librairie, un cabinet de curiosités, un jardin ou un jeu de cartes : c’est une représentation du monde en miniature. Je l’ai conçu de forme carrée, comme un plateau de jeu, orienté par les quatre points cardinaux. Le jeu comme forme symbolique et exercice pratique sera très présent dans la scénographie et la programmation du salon. Le salon expose la production éditoriale des savoirs en histoire de l’art, comprise à la fois comme une discipline relevant des sciences humaines et sociales, comme un ensemble de pratiques, de méthodes et d’opérations, mais aussi comme « jeu de positions » en empruntant à l’historien de l’art Victor Claass le titre de son essai sur quelques billards peints (INHA, collection « Dits », 2021). Je m’inspire aussi du livre d’Italo Calvino Le Château des destins croisés (traduction Jean Thibaudeau, Gallimard, 1985). Plusieurs personnes qui ne se connaissent pas se retrouvent à table dans un château, et tandis que chacune souhaite raconter aux autres son histoire, chacune est frappée de mutisme. Un jeu de tarot leur permet de remédier à cette soudaine incapacité en combinant les images très narratives des cartes à jouer. Le salon est ainsi, aussi, une machine narrative combinatoire : chacun et chacune raconte son histoire, des histoires, entrecroisées, combinées avec celles des autres. Je suis heureux aussi de pouvoir annoncer la présence sur le salon, grâce au mécénat de compétence du fabricant Chevillotte, d’un magnifique billard français.

Pouvez-vous nous présenter quelques temps forts de votre programmation ?

Alexis Argyroglo : La programmation du salon débutera et se terminera par des performances : contorsion et ventriloquie en ouverture (Ariane Martinez, Macarena Gonzalez Neuman, Érik Bullot), cours spectaculaire sur une histoire mondiale des corps en mouvement en clôture (Hortense Belhôte). Et sur les trois jours des jeux de position en histoire de l’art, des tables rondes, des histoires de l’art, des histoires d’images, de livres, de châteaux… difficile de ne citer que quelques interventions ! Clément Dirié proposera une riche suite de discussions autour de l’histoire de l’art en série (revues, collections, anthologies), Mijo Thomas racontera les origines du festival d’histoire de l’art, Nathalie Réveillé le passage secret des caves du café de ses parents (L’Impérial) à celles du château de Fontainebleau, Marie Cosnay et Georges Didi-Huberman discuteront de la figure du témoin et de la sensibilité à l’histoire, Émilie Notéris et Patricia Falguières des institutions, catégories et généalogies du savoir en histoire de l’art, dans une perspective féministe, la question des territoires en histoire de l’art sera abordée successivement avec Jean-François Chevrier, Claire Tenu, Paul Sztulman et Bruno Serralongue, la littérature sera présente avec Valérie Mréjen, Muriel Pic et Marie de Quatrebarbes parmi d’autres, etc., etc. Je souhaite que l’ensemble soit un temps fort !

Quelle place l’histoire de l’art occupe-t-elle dans l’édition scientifique aujourd’hui ?

Alexis Argyroglo : En tant que libraire généraliste je suis frappé par le hiatus entre la richesse de la production éditoriale scientifique en histoire de l’art et la faible diffusion en librairie dont cette production bénéficie, hormis quelques points de vente spécialisés. L’édition universitaire a certainement besoin d’évoluer dans sa politique éditoriale, sa conception graphique et matérielle de l’objet-livre (souvent punitive pour le lectorat non averti) et la diffusion de ses ouvrages dont l’édition et la publicité relèvent du service public. Je réponds un peu à côté, désolé ! Mais cela me semble très important. Le salon du FHA est l’occasion sans doute unique de présenter le plus vaste assortiment de livres en histoire de l’art, et de se faire ainsi une idée de la diversité des usages et des possibilités dans la production intellectuelle et matérielle des savoirs.

Un conseil de lecture avant le festival ?

Alexis Argyroglo : Décamerez ! Des nouvelles de Boccace, de Nathalie Koble (Macula, 2021). Une adaptation-traduction du Décaméron. Pendant la grande peste de Florence (1349) un groupe de jeunes gens se rassemble dans un lieu de villégiature en-dehors des murs de la ville qui subit de plein fouet la contagion. Pour entretenir la joie d’être en vie, la joie et le désir d’être ensemble, ceux-ci se divertissent en se racontant des histoires au jour le jour.

Louis-Léopold Boilly, Un jeu de billard, 1807, huile sur toile, 56 x 81 cm, Saint-Pétersbourg, musée de l’Ermitage © RMN-Grand Palais