Découvrez les temps forts de la programmation du FHA23

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Toute l’équipe du festival vous adresse ses meilleurs vœux ! Et pour commencer l’année 2023 en beauté, nous vous dévoilons quelques temps forts de la programmation de la 12e édition du FHA, une édition qui s’annonce plus que jamais festive et ouverte à toutes les disciplines et tous les arts !

Anne Teresa De Keersmaeker, Fase : Four movements to the Music of Steve Reich, 1982. Photo: Herman Sorgeloos

Conférence inaugurale : « Changer le climat »
Dialogue entre Bas Smets et Valerie Trouet

Des arbres pour le passé, des arbres pour le futur, voilà quel pourrait être le titre officieux de la conférence inaugurale du FHA23 : Un dialogue entre Bas Smets, architecte paysagiste, et Valerie Trouet, dendroclimatologue et nouvelle directrice du Centre belge d’expertise sur le climat. Valérie Trouet étudie les cernes des arbres pour analyser le climat des deux mille dernières années et la façon dont il a influencé les écosystèmes et les systèmes humains. Bas Smets, lui, plante des arbres, matériau premier pour inventer une sorte de nouvelle écologie urbaine et rendre les villes résilientes, habitables et vivables. Les arbres ont scrupuleusement enregistré les moindres modifications du climat, mais ils sont aussi les outils qui nous permettront de changer le climat à une échelle plus locale. Les arbres sont ainsi les premières briques, naturelles s’il en est, d’un renouvellement urbanistique allant de pair avec un renouvellement des imaginaires. Par le dialogue entre ces deux grands invités, nous comprendrons comment les arbres ont été, sont et seront encore à l’avenir au cœur des problématiques climatiques, mais aussi architecturales et artistiques.

Projet de réaménagement des abords de Notre-Dame de Paris, Bas Smets, Grau, Neufville-Gayet, vue aérienne du parvis - © Studio Alma pour le Groupement BBS

Fase, Four Movements to the Music of Steve Reich
Performance d’Anne Teresa De Keersmaeker

La présence d’Anne Teresa De Keersmaeker au festival viendra témoigner de l’une des œuvres les plus innovantes de la danse contemporaine de ces quarante dernières années. La chorégraphe interprétera pour nous le deuxième mouvement de sa pièce Fase, Four Movements to the Music of Steve Reich, intitulé Violin Phase, créé en 1982 sur la musique du compositeur américain Steve Reich. Son caractère à la fois abstrait et extrêmement physique exemplifie la conception de la danse en tant que médium épuré et précis. En suivant le principe de phase/déphasage de la musique minimale, Violin Phase contient déjà presque tous les composants du langage chorégraphique que De Keersmaeker explorera à travers son parcours : la répétition de gestes, réduits à leurs éléments essentiels ; l’enchaînement de figures géométriques et abstraites ; la rencontre de la danse et la musique.  Si la chorégraphe a accepté notre invitation au festival, c’est aussi parce que le thème de cette édition lui tient profondément à cœur.  L’observation de la nature lui est indispensable comme source d’inspiration et l’on peut invoquer parmi de nombreux exemples, la nuée d’oiseaux qu’elle projette à la clôture de sa conférence au Collège de France. Comme beaucoup d’entre nous, le changement climatique l’inquiète profondément. Lorsqu’elle résume elle-même ce qui fonde aujourd’hui sa vie professionnelle et personnelle, l’écologie vient occuper une place aussi importante que l’esthétique et l’éthique. Si elle nous fera la surprise d’une conférence spécifique pour le FHA, il est certain que celle-ci sera empreinte des enjeux écologiques contemporains, du respect pour la nature et de nouvelles règles de vie devenues désormais non-négociables.

Danse et cinéma au Cinéma Ermitage de Fontainebleau

La section cinéma sera l’occasion de découvrir la relation privilégiée qu’Anne Teresa De Keersmaeker entretient depuis longtemps avec la caméra. Les projections au Cinéma Ermitage mettront en lumière les deux grandes formes qui émergent de ce corpus époustouflant. Le film peut être l’adaptation cinématographique d’une pièce chorégraphique, surpassant la simple captation : c’est le cas par exemple d’Achterland (1994), réalisé en collaboration avec Herman Van Eyken, ou des films tournés à partir de 1996 avec le compositeur et réalisateur Thierry De Mey (notamment le célèbre Rosas danst Rosas, du nom de sa compagnie). Mais le film est aussi ce qui garde trace de cet art éphémère qu’est la danse, en portant l’attention sur la création du geste dansé et sur la place toute particulière que De Keersmaeker accorde à la musique. Dès 1984, Marie André documente dans Répétitions le travail préparatoire pour la pièce Elena’s Aria et témoigne magnifiquement des moments de recherche et de tâtonnements que la chorégraphe, alors âgée d’une vingtaine d’années, partage avec ses danseuses. Plus récemment, Olivia Rochette et Gerard-Jan Claes renouvellent à leur tour cette approche documentaire en recueillant les étapes successives du travail, à la table ou au plateau. Dans Rain puis Mitten, le travail de la danse est recueilli par une caméra économe de ses mouvements, au sein de cadres d’une très grande tenue. Nous nous réjouissons de vous faire découvrir ou redécouvrir au moins trois de ces films dans notre section cinéma !

À propos de la bande dessinée belge
Conférence de Benoît Peeters

Aux côtés de la peinture, de l’architecture du paysage, du cinéma et de la danse, tous trois à l’honneur dans le volet consacré à la Belgique, la bande-dessinée tient une place à part. Le neuvième art est sans doute un art neuf mais, par son importance dans la scène culturelle belge, il a évidemment toute sa place pour la 12e édition du festival de l’histoire de l’art de Fontainebleau. « Un art neuf », ce sont précisément les mots utilisés par Benoit Peeters pour le titre de sa conférence inaugurale à la chaire de création artistique du Collège de France. Ecrivain et scénariste, Benoit Peeters, en conversation avec Mme Isabelle Debekker, directrice du Centre Belge de la bande-dessinée (Bruxelles), reviendra sur la place et l’importance de la bande-dessinée dans l’histoire de l’art en Belgique, en tant que medium empruntant à la fois les outils narratifs et dramatique de l’écrit et du visuel. De Tintin (Benoit Peeters est spécialiste de la vie et l’œuvre de Hergé) aux Cités obscures, dont il signe le scénario aux côtés de François Schuiten pour les dessins, Benoit Peeters analysera ce medium qu’est la bande-dessiné non pas avec les outils de l’histoire de l’art classique, mais avec ceux de l’histoire de la bande-dessinée. Un point de vue plus esthétique qu’historique, qui permettra au public de comprendre comment les influences venues des arts plus anciens ont été convoquées et réutilisés dans le cadre d’un art à la pratique et à la poétique nouvelles. Un art indubitablement neuf, dont les racines sont bien profondes.

Détail de la couverture "Les bijoux de la Castafiore" © HERGÉ-MOULINSART

Récit de l’incroyable restauration du Retable de l’Agneau Mystique
Conférence d’Hélène Dubois et Manfred Sellink

Le récit de la restauration du Retable de l’Agneau Mystique (1432), un des chefs-d’œuvre absolus de la peinture occidentale, passionnera tous ceux qui s’intéressent aux techniques de restauration et de conservation pour lesquelles l’Institut royal du Patrimoine artistique à Bruxelles est mondialement connu. Hélène Dubois, responsable de la restauration et de l’étude du retable (IRPA) et Manfred Sellink, ancien directeur du Musée des Beaux-Arts de Gand, présenteront ce travail scientifique minutieux effectué en collaboration avec le laboratoire AXIS de l’Université d’Anvers à partir de 2012. Cette campagne a permis d’identifier la main des deux peintres et frères Van Eyck, Jan et son frère aîné Hubert, dans l’exécution de certaines parties des panneaux. Les analyses et l’enlèvement des surpeints du XVIe siècle ont aussi fait réapparaître le regard frontal de l’Agneau mystique et révélé ainsi le programme iconographique d’origine. Ce véritable exploit technique, qui a bouleversé la communauté des historiens de l’art, a relancé le débat sur le retable comme objet de discussion théologique entre protestants et catholiques aux Pays-Bas néerlandais cent ans après sa commande.  La présentation de Mme Dubois et M. Sellink sera suivie par un dialogue avec Sophie Caron, conservatrice au Musée du Louvre en charge de la restauration du panneau La Vierge au chancelier Rolin de Jan Van Eyck qui, selon elle, tient presque de l’enluminure par sa minutie. Les organisateurs du festival sont très heureux de pouvoir faciliter cet échange d’expertise.

Jan et Hubert van Eyck, Retable de L'Agenau mystique (détail), 1432, Cathédrale Saint-Bavon de Gand

La campagne de restauration de la porte Dorée du château de Fontainebleau  
Conférence d’Oriane Beaufils et de l’équipe de restauration

La porte Dorée du château de Fontainebleau constitue l’un des décors les plus importants de la Renaissance française. Ce pavillon, construit à l’emplacement du châtelet d’entrée médiéval, constituait l’entrée principale du château, face à la chaussée bordant l’étang dont François Ier avait fait l’acquisition en 1528 et ouvrant sur la cour du Donjon où se répartissaient les appartements royaux. Avec ses trois arcades superposées, entourées par deux tours, la porte Dorée évoquait les expériences italiennes du Castelnuovo de Naples, du palazzo Ducale d’Urbino mais aussi du château de Gaillon. Pour son décor, le roi de France fit appel aux talentueux artistes Italiens actifs à sa cour. Dès 1535, Lorenzo Naldini, élève du célèbre Francesco Rustici, ami de Léonard de Vinci, exécute un décor de stuc pour cet espace. Si l’on en croit la lettre d’une estampe représentant une nymphe, Rosso Fiorentino a aussi pu être associé, avant sa mort en 1540, à la conception de ce décor. Son compatriote, le tempétueux orfèvre italien Benvenuto Cellini imagina un exceptionnel ensemble de bronzes pour orner la porte, ensemble jamais installé mais dont la fameuse Nymphe de Fontainebleau trône toujours dans l’escalier Mollien du musée du Louvre. C’est surtout à Francesco Primaticcio, peintre et stuccateur bolonais que l’on doit l’invenzione du décor de la porte Dorée. En effet, les fresques qui ornent les parois du portique et la voûte surbaissée du vestibule constituent un ensemble peint exceptionnel, pour lequel il donna les dessins au début des années 1540, véritable âge d’or de la renaissance bellifontaine et de la carrière du maître. Issues des Fastes d’Ovide et de l’Iliade d’Homère, ces fresques, aussi érudites que sensuelles subirent les affres des changements d’usages et du temps. Restauré d’abord sous le règne de Louis-Philippe puis en 1964, le décor a aujourd’hui perdu une grande partie de sa lisibilité iconographique et stylistique. La nouvelle restauration qui s’ouvre en 2023 est ainsi un défi exceptionnel pour le château de Fontainebleau, engageant de nombreux spécialistes et corps de métier afin de redonner à la porte Dorée, la gloire qu’elle connut à la Renaissance.