Au programme du FHA24 : des visites, des ateliers et des démonstrations sportives !

Le FHA c’est aussi une programmation culturelle, entièrement gratuite et ouverte à tous, faite de visites guidées, d’ateliers, d’initiations en tout genre à destination des publics scolaires, des familles, des passionnés et des curieux, petits ou grands !

Veerle Thielemans, directrice scientifique du festival s’est entretenue avec David Millerou, chef du service pédagogique du château de Fontainebleau pour en savoir plus sur le programme de cette 13e édition, autour du Mexique et du sport.

Fresque de L’Éducation d’Achille, galerie François Ier, XVIe siècle © RMN-Grand Palais (château de Fontainebleau)/Gérard Blot

V.T. : Le château et son domaine sont un lieu patrimonial exceptionnel pour illustrer l’importance que le sport, le jeu et l’activité physique ont joué dans l’histoire. De même, beaucoup d’œuvres au musée se prêtent à une lecture sous l’angle de ces thèmes. Sans surprise, les équipes du service culturel se sont plongées corps et âme dans la thématique du sport et nous préparent un programme de visites et d’ateliers foisonnant. Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur les nombreuses activités qui auront lieu dans les salles et les jardins du château à l’occasion du festival ?

D.M. : La thématique du « sport » est une véritable aubaine pour découvrir le château sous un angle complètement original et inattendu : l’approche proposée à nos publics ne manquera pas d’aspects ludiques, le sport étant avant tout un jeu. Mais la première question que nous poserons à nos visiteurs sera la suivante : peut-on vraiment parler de « sport » à Fontainebleau, ce terme anglais étant entré pour la première fois dans le vocabulaire français en 1828, alors étroitement associé aux courses de chevaux, et particulièrement aux paris autour de ces courses ? La réponse est oui ! Fontainebleau est un des berceaux du « sport » moderne : l’hippodrome de la Solle, inauguré en 1862 par l’empereur Napoléon III, est l’un des plus anciens de France ; les anciens « parquets » autrefois dévolus aux chasses royales devinrent, pour beaucoup d’entre eux, des terres de sport, comme le « Grand Parquet », stade de plein air le plus grand d’Europe où se sont déroulées, en 1924, les épreuves hippiques du pentathlon moderne des Jeux Olympiques de Paris. La forêt elle-même, semée de ses célèbres amas rocheux qui fascinaient tant les poètes et les peintres d’antan, s’imposa comme un des spots de varappe les plus appréciés pour l’entraînement à l’escalade et l’alpinisme. Enfin, particularité truculente, Fontainebleau est à notre connaissance le seul château français qui a, en son sein, une salle de sport encore régie de nos jours par un « club » sportif : la salle du jeu de paume, datant du règne d’Henri IV, qui accueille toujours aujourd’hui des compétitions internationales de ce vénérable ancêtre de tous les sports de raquette. Autant de partenaires mobilisés qui nous aideront, lors du festival, à raconter au public cet ancrage sportif d’exception.

Si le « sport » est un terme anglais, les anglais l’avaient emprunté au français, au terme médiéval « desport », qui désignait le déport hors du temps et de l’espace communs. Et quel autre lieu symbolise mieux ce grand « desport » des souverains français que Fontainebleau, où les rois venaient depuis le Moyen Âge profiter, en leurs « déserts », de la vie en plein air à la lisière d’une giboyeuse forêt ? Ils s’y livraient à une série de jeux physiques qui, à partir du XVIe siècle, entrèrent pleinement dans le processus de l’éducation princière. N’oublions pas que Fontainebleau est un château qui correspond au nouvel idéal de la vie courtoise définie par Baldassare Castiglione dans son « Livre du Courtisan » (1528), idéal de l’homme « doté de tant de grâces » qu’il doit savoir exceller tant dans les conversations que dans les « jeux et les divertissements innocents », avoir l’avantage sur tous ses rivaux « au tournoi, à courre, la bague, à tenir le pas, combattre à la barrière, au jeu de cannes, à lancer le javelot et le dard ».  

C’est ce que nous proposerons aux visiteurs du festival : venir découvrir les ancêtres de nos pratiques sportives actuelles dont Fontainebleau, en tant que palais royal, témoigne autant dans la géographie de son domaine que dans la variété de ses œuvres. Comme chaque année, les conservateurs du château proposeront des explorations artistiques au public et les étudiants de l’École du Louvre assureront, sous formes de visites spécifiquement conçues, cette découverte du château sous l’angle « sportif ». Ils amèneront les visiteurs à la découverte d’œuvres et les guideront dans le vaste espace de jeux que furent les jardins, à la fois ornements paysagers mais aussi terrains de jeux de balles et maillets ; ils évoqueront, entre autres, les jeux nautiques qui eurent lieu de tout temps sur les eaux d’un étang des Carpes devenu, en 1803, école de natation pour la future École militaire de Saint-Cyr. Les étudiants exhumeront toute une géographie des jeux qui prit l’univers des jardins comme principal écrin de ces « ébattements », ce dont témoigne encore aujourd’hui la statuaire extérieure consacrée à l’exultation physique.

Originalité extrême, Fontainebleau est le seul château de France ayant conservé un jeu de paume royal où le « jeu des rois, roi des jeux », continue d’être pratiqué. Ainsi, tout le week-end seront organisées des initiations et des découvertes de ce célèbre jeu français né au Moyen Âge, premier jeu « en salle » de l’histoire qui fut un véritable laboratoire de notre conception moderne du sport. Les visiteurs, tout en maniant la raquette sur le terrain afin d’« épater (au mieux) la galerie » sans « rester sur le carreau », feront connaissance avec le riche patrimoine matériel et immatériel de cette pratique et, par l’occasion, découvriront l’origine de nombreuses expressions françaises issues du jeu de paume. 

« Exercitez-vous ! », disait le poète Eustache Deschamps au XIVe siècle. C’est ce que nous proposerons aux festivaliers durant tout le week-end, démontrant que s’intéresser à la culture est presque un sport ! L’escrime et la danse seront également au rendez-vous de notre programmation. Tout le week-end, des bretteurs présenteront l’escrime de la Renaissance, âge d’or du duel. De l’escrime d’hier à celle d’aujourd’hui, les visiteurs découvriront la filiation entre l’éducation du gentilhomme à la cour et le sport qui en a découlé. Quant à la danse, lien le plus évident entre l’art et le sport, elle sera traitée de façon originale avec des initiations à la « breakdance », discipline invitée aux Jeux Olympiques de Paris 2024. Au sein de la somptueuse salle de Bal de la Renaissance, lieu de concert du Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse de Paris, sera proposé aux auditeurs un véritable « marathon » musical autour de trois sonates de Beethoven interprétées par plusieurs instrumentistes comme une course de relais.     

Enfin, comment ne pas parler d’équitation à Fontainebleau, l’une des grandes « capitales » du cheval en France ? Animal servant à camper la majesté, des statues équestres de rois exécutant des trots « au passage », aux écuries qui ont toujours été très présentes à Fontainebleau, situées depuis François Ier à la lisière de la forêt et des jardins. Un tiers du jardin Anglais du château, est ainsi dévolu à l’École militaire d’équitation, maison mère des sports équestres militaires, et abrite des équipements sportifs majeurs, dont le monumental manège de Sénarmont, que Napoléon fit construire en 1807. Ce manège à la charpente remarquable sera exceptionnellement ouvert pour le festival et accueillera des démonstrations de dressage ou saut d’obstacles, tandis que les surgissements équestres et aléatoires du théâtre du Centaure, tout en poésie, ramèneront le cheval dans les jardins et les cours du château dans le cadre de la programmation hors-les-Murs du théâtre municipal de Fontainebleau.        

Ulysse à Ithaque, le jeu de l’arc, Ruggiero de Ruggieri d’après Primatice, XVIe siècle ©RMN-Grand Palais (château de Fontainebleau)/Gérard Blot

V.T. : A l’initiative du ministère de l’Éducation Nationale, une centaine d’enseignants particulièrement engagés en faveur de l’éducation artistique et culturelle à l’école se réunissent depuis dix ans dans le cadre de l’Université de Printemps d’Histoire des Arts du festival. Chaque année le festival est aussi l’occasion d’accueillir les élèves qui ont participé aux programmes pédagogiques que vous portez dans le département de Seine-et-Marne.

Depuis les annonces faisant de l’enseignement obligatoire de l’histoire de l’art une des grandes priorités à mettre en place au collège, comment comptez-vous mettre ces activités encore plus en avant dans la programmation culturelle du festival ?

D.M. : Événement de démocratisation culturelle par excellence, le festival n’existe qu’en tant que lieu de transmission, de pédagogie, de rencontres, de partage. L’Éducation Nationale y occupe une place centrale, transformant chaque année l’essai de ce formidable week-end d’ébullition culturelle en ouvrant de nombreuses pistes de transmission pédagogique pour l’enseignement de l’histoire des arts de l’école au lycée. Le programme éducatif proposé pour les enseignants est d’une richesse à la hauteur de l’événement, mêlant des interventions plénières qui présentent un panorama des représentations du sport dans l’art à des concerts-ateliers autour des liens entre musique et danse, interrogeant par exemple la place de la musique dans l’expression des mouvements du danseur.

D’année en année, le festival est ainsi devenu un rendez-vous incontournable du monde éducatif, un lieu généreux qui accueille l’éducation artistique et culturelle sous toutes ses formes. La thématique de cette année est particulièrement porteuse, au vu de la place importante de l’éducation physique dans le monde scolaire. On sait que depuis la Renaissance, comme en témoigne L’Éducation d’Achille  de Rosso Fiorentino, fresque éminemment pédagogique montrant l’entraînement d’un adolescent, que l’exercice physique est une part importante de l’éducation. Nous ne manquerons pas de rappeler à la trentaine de classes qui fréquentera le festival le vendredi, la réflexion humaniste de Montaigne : « Mes pensées dorment si je les assis. Mon esprit ne va si les jambes ne l’agitent ». Découvrir l’art et la culture en crapahutant dans les promenoirs de délectation artistique que sont les galeries, ou autour de l’étang des Carpes à la recherche d’un Ulysse discobole, en s’initiant au jeu de paume ou à l’escrime artistique contribuera, nous l’espérons, à accentuer et renforcer le lien entre l’esprit et les jambes ! Ce lien est travaillé depuis des années au château et, l’an dernier, nous avons eu la chance d’être le site de départ du Flambeau de la Culture du rectorat de Créteil, dans le cadre d’une ambitieuse Olympiade culturelle. L’enjeu sera de questionner les passerelles qui existent entre la culture et le sport, tout en proposant aux élèves une sensibilisation fine à l’histoire de l’art. Les enseignants d’éducation physique sont extrêmement mobilisés, depuis septembre, dans cette démarche : ils s’exprimeront notamment devant les œuvres « sportives » en portant un éclairage technique sur la représentation du lancer du disque, du tir à l’arc, ou de l’équitation.   

Le partage sera plus que jamais, cette année, le maître-mot. Ainsi, nouveauté de cette édition, chaque classe invitée sera accompagnée par un étudiant de l’École du Louvre pour une découverte du réservoir artistique du château sous l’angle du sport, du jeu, du corps à l’effort, des grands mythes fondateurs, empreints d’hellénisme, qui ont « anobli » les pratiques sportives à partir du XVIe siècle. Un véritable « pentathlon des arts » s’installera le vendredi dans les jardins, sous la forme de courses d’orientation culturelle à la découverte des formes sportives esquissées dans la statuaire extérieure. Nous souhaitons que les élèves soient le plus possible acteurs de l’événement avec leurs enseignants : des classes préparent elles-mêmes, en ce moment, des présentations de l’histoire de l’art mexicaine, consacrées à Frida Kahlo ou au muralisme, à destination d’autres élèves. En lien avec nos partenaires traditionnels, comme l’association Orchestre à l’École, des élèves musiciens et danseurs, venus de toute la France, proposeront au public du festival un spectacle racontant, en la centrant sur l’héritage artistique du château, cette grande histoire du sport, de ses origines à la renaissance moderne des Jeux Olympiques.

Salle du jeu de paume de Fontainebleau © Cercle du jeu de paume

V.T. : Au début du XVe siècle, le Mexique fait irruption en tant que territoire dorénavant central dans les échanges économiques et politiques entre les « quatre parties du monde » selon l’expression de l’historien Serge Gruzinski. Pour diverses raisons, la France est un acteur moins important de cette première vague de mondialisation qui se traduit par la répartition du monde en deux grandes zones : les empires coloniaux portugais et espagnol. Pendant les périodes suivantes, peu d’objets mexicains semblent d’ailleurs avoir fait leur chemin vers Fontainebleau, même au Second Empire lorsque Napoléon III s’intéresse de plus près au Mexique en mettant Ferdinand Maximilien de Habsbourg-Lorraine sur le trône. Cette absence de traces mexicaines dans les collections du château de Fontainebleau reste néanmoins étonnante. Y aurait- t-il encore des découvertes à faire ?

D.M. : Il est vrai que le Fontainebleau de François Ier est absolument contemporain de cette ouverture « impérialiste » des puissances européennes vers l’Amérique, et que la galerie du roi dissimule, dans l’exubérance de ses décors, une discrète faune exotique en provenance du Nouveau-Monde (comme des « poules d’Inde » ou dindons, par exemple). Mais en 1534, année où s’édifie le prodigieux décor royal sous la férule de Rosso Fiorentino, a surtout lieu, dans un souci de concurrence « impériale » avec Charles-Quint, le premier voyage de Jacques Cartier vers…le Canada. L’engagement français se déploya prioritairement en direction de certaines zones américaines spécifiques, telles que l’île de Terre-Neuve et les rivages du Canada, ainsi qu’une large bande côtière du Brésil, la « France Antarctique », habitée par ses célèbres indiens Tupinambas qui fascinèrent les Français du XVIe siècle. La France ne connut qu’indirectement le mythe de l’El Dorado. On sait qu’en 1521, le corsaire Jean de Fleury mit la main sur une partie du butin pillé dans le palais de Moctezuma que Cortés avait envoyé en Espagne pour appuyer ses conquêtes méso-américaines, et que, lors du mariage de François Ier avec Eléonore d’Autriche, sœur de Charles Quint, celle-ci apporta certaines pierres précieuses des « Indes », notamment du Mexique, El Dorado espagnol par excellence, qui fascina les Français au cours des siècles.

Ainsi, n’est-il pas totalement absent de Fontainebleau. Sur le superbe globe de Napoléon Ier conservé dans la galerie de Diane, qui fait le point le plus précis sur la connaissance du monde au début du XIXe siècle, le géographe Mentelle eut recours à de nombreux travaux géographiques pour « éclaircir » au mieux la connaissance du globe et réaliser son Grand Œuvre. Il fallut effacer le Mexique et le redessiner à partir de connaissances « actualisées », fournies par les cartes décisives du baron de Humboldt, président de la société de géographie de Paris mais surtout explorateur des colonies espagnoles d’Amérique du Sud. Sans doute le mythe de l’El Dorado et d’Hernán Cortés ressurgit-il au grand jour dans la France du Second Empire, qui nous fournit le seul lien direct que l’histoire du château peut entretenir avec celle du Mexique, lien qui n’est pas placé, hélas, sous le signe de la curiosité culturelle et de l’ouverture artistique. A partir de 1861, la désastreuse expédition au Mexique, qui fut pour le Second Empire l’équivalent de la guerre d’Espagne pour le Premier Empire, fit une courte escale à Fontainebleau. Le soir du 10 juin 1863, Napoléon III était au château lorsqu’on lui rapporta, au moment de passer à table, la nouvelle de la prise de Puebla au Mexique, survenue le 17 mai et ouvrant la route de Mexico à l’armée française, renouvelant l’exploit chimérique d’Hernán Cortés. Le soir du 14 juin, après une après-midi à l’hippodrome de la Solle pour la dernière journée de ses courses et l’inauguration en petit comité des salons et du Musée de l’Impératrice, l’empereur fit donner une grande fête nocturne dans les jardins du château pour célébrer la prise de la ville mexicaine. La fête fut vénitienne, dit-on, aussi brillante qu’animée. Le pavillon situé au milieu de l’eau fut illuminé « avec un goût splendide et une profusion extraordinaire » d’après le Journal de Montélimar. « Les verres de couleurs, ingénieusement disposés, formaient le nom de Puebla, entouré de ceux des généraux de division Forey, Bazaine et Douay ». Un magnifique feu d’artifice nautique fut tiré, pendant lequel de nombreuses pièces lancées par des personnes placées dans des bateaux, éclataient dans l’eau après avoir longtemps tournoyé en l’air ; puis un bouquet grandiose vint terminer la fête.

Ce fut la seule fois que la France tenta de mettre la main sur l’El Dorado espagnol qui parcourait les rêves hégémoniques européens depuis la Renaissance. A notre connaissance, pourtant, il n’y a pas d’œuvres mexicaines de l’époque de Napoléon III conservées à Fontainebleau, château pourtant des « ailleurs » où se sont cristallisées nombre de collections exotiques. Pour répondre à votre question, il resterait peut-être à enquêter, avec davantage de minutie, sur les collections disparues de l’ancien cabinet de curiosités de François Ier à Fontainebleau, les conquérants du Nouveau-Monde ayant, à l’époque, déversé en Europe un grand nombre d’objets de jade ou de plume, de bois mosaïqués. On sait par exemple, par André Thevet, qu’il exista des « bourses, chausses, ceintures et aiguillettes et autres ouvrages faits à la façon de Barbarie » qui arrivèrent en France avec des Indiens que l’on montra à François Ier. Lorsqu’on consulte l’inventaire, réalisé en 1560, de ce cabinet de curiosités disparu, on ne peut que s’interroger sur « ces petites poires façon d’Inde, garnies de petits rubis et saphirs et perles » ou cette « petite noix d’Inde, garnie d’argent doré ». Évidemment, la traçabilité de ces objets en provenance des Indes occidentales, c’est-à-dire d’Amérique, reste de toute façon éminemment complexe. On ne trouvera pas, dans les collections du château, la « réalité magique de cette culture » qu’Antonin Artaud était allé chercher dans les « coulées de lave volcanique » outre-Atlantique. 

Graffiti dans les combles du château présentés lors de la visite « Quand les murs murmurent » représentant un champion de boxe des années 1930 © Alexandre Bouclon