Le groupe Black Koyo sera présent le samedi 6 juin au festival de l’histoire de l’art :
– samedi 6 juin à 14 h et 16 h – Parades depuis la cour de la Fontaine du Château avec : Hicham Bilali (chant, guembri), Ayoub Boufous (chœur, qraqib), Jalal Abantor (chœur, tabl, qraqib), Driss El Oiriyagli (chœur, qraqib), Badr El Hernat (chœur, qraqib)
Durée : 30 minutes, accès libre
– samedi 6 juin à 18 h 30 – Concert « Black Koyo 3000k » dans la salle de spectacle du Théâtre municipal avec : Hicham Bilali (chant, guembri), Ayoub Boufous (chœur, qraqib), Jalal Abantor (chœur, tabl, qraqib), Driss El Oiriyagli (chœur, qraqib), Badr El Hernat (chœur, qraqib), Jamal Moustaid (batterie), Otmane Raoui (guitare électrique), Robbe Lattré (trompette)
Participation exceptionnelle de Hélène Sechehaye (musicologue, University of Cambridge et Université libre de Bruxelles)
Durée : 1 heure, accès libre
Black Koyo 3000k : une célébration de la diversité culturelle entre tradition musicale gnawa, jazz et fusion
À la différence de la musique arabo-andalouse – perpétuée au Maroc depuis plus d’un millénaire – ou des musiques traditionnelles amazighes – enracinées dans des territoires ruraux –, la pratique musicale gnawa est longtemps restée discrète au sein du paysage musical marocain[1].
Pour cause, les Gnawa du Maroc – terme que les spéculations étymologiques rapportent généralement à une référence à la peau noire[2] – constituent à l’origine un groupe diasporique principalement issu de populations subsahariennes arrivées par migration forcée. Aussi sont-ils encore majoritairement présents autour de villes telles que Marrakech, Essaouira ou Fès, historiquement liées aux marchés d’esclaves de la traite transsaharienne.
Bien qu’aujourd’hui pleinement intégrés à la société marocaine, les Gnawa – à la fois communauté culturelle et ordre religieux – conservent une identité spécifique. Celle-ci est le fruit d’un syncrétisme associant des influences islamiques, souvent portées par les confréries soufies, à des références religieuses subsahariennes, et se caractérise par des pratiques rituelles et musicales uniques. La transe – qui constitue un mode d’accès privilégié au monde spirituel, aux saints musulmans et à d’autres esprits invisibles – occupe en effet une place centrale et est rendue possible par la combinaison de chants, de danses et d’incantations[3].
Au rythme du guembri – luth à trois cordes pincées par le m‘allemin (maître) – et des cliquetis des qraqib – petites percussions idiophones maniées par ses koyo (musiciens-danseurs) –, se crée ainsi, tant chez les musiciens que chez le public, un état d’effervescence : la musique s’incarne par la danse et à chaque accent ou accélération, les émotions de chacun peuvent soudainement s’éveiller[4].
La puissance, la richesse et la poésie des éléments musicaux gnawa ont donné lieu à bien des emprunts par les représentants d’autres genres musicaux marocains[5]. Dans les années 1970 encore, le mythique groupe casablancais Nass el Ghiwane – « Les Rolling Stones de l’Afrique » auxquels le chorégraphe Fouad Boussouf rend hommage dans sa puissante pièce Näss – y puisait des mélodies et inspirations pour des textes en résonance avec les contestations populaires de l’époque. Depuis les années 1980, cependant, c’est le répertoire gnawa lui-même qui jouit de l’intérêt croissant porté aux musiques traditionnelles ou aux « musiques du monde » par la scène culturelle occidentale. L’art gnawa est ainsi devenu en quelques décennies un lieu de métissages musicaux mêlant musique marocaine, jazz, funk et fusion, comme illustré par la communauté gnawa de Bruxelles, la plus importante en dehors du Maroc.
À travers des parades musicales dans les cours du Château de Fontainebleau et un concert au Théâtre municipal, le groupe Black Koyo du m‘allemin Hicham Bilali offrira aux festivaliers un véritable voyage initiatique à travers des univers sonores variés, entre racines ancestrales de la tradition gnawa et sonorités contemporaines. Conçu comme une ode aux migrations et aux rapprochements culturels entre des territoires aussi éloignés que la Belgique et le Maroc — près de 3000 kilomètres —, et comme un pont entre tradition et modernité, ce concert « Black Koyo 3000k » sera introduit par une leçon exceptionnelle d’ethnomusicologie dispensée par Hélène Sechehaye, docteure en musicologie. Spécialiste reconnue de la scène gnawa bruxelloise[6], elle offrira aux spectateurs un éclairage précieux sur ces traditions comme expression vivante d’une mémoire collective. À travers cette invitation, le Festival de l’histoire de l’art rend un hommage sensible à l’histoire marocaine, à la richesse culturelle du Royaume, ainsi qu’aux dialogues féconds entre les arts et les cultures.
[1] Chouki El Hamel, « Constructing a Diasporic Identity: Tracing the Origins of the Gnawa Spiritual Group in Morocco », The Journal of African History, 2008, Vol. 49, No. 2, p. 243.
[2] Ibidem, p. 244 à 246.
[3] Zineb Majdouli, « Changements de rythme chez les Gnawa du Maroc », Cahiers de littérature orale, 2013, 73-74, [En ligne], publié en ligne le 11 mai 2015 : http://journals.openedition.org/clo/2031.
[4] Antonio Baldassarre, « Musique et danse des Gnawa. La lila/derdeba comme hypertexte », dans Abdelhafid Chlyeh (dir.), L’Univers des Gnaoua, Grenoble, Pensée Sauvage ; Le Fennec, 1999, p. 96 à 97.
[5] Ahmed Aydoun, « La musique des Gnawa. Les gammes et les rythmes », dans Ibidem, p. 105.
[6] Hélène Sechehaye, Musiques gnawa à Bruxelles. Pratiques et formes rituelles en diaspora, Paris, Vrin (coll. MusicologieS), 2024, 300 p.